Frédéric Mugnier à Montréal
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Re: Frédéric Mugnier à Montréal
Ne pouvant assister à la dégustation de mardi soir, j’ai eu le privilège de me reprendre hier midi en dégustant en compagnie de M. et Mme Mugnier trois millésimes du Clos de la Maréchale.
M. Mugnier a repris le domaine au milieu des années 80. Les vignes sur le finage de Chambolle étaient alors retombées sous la responsabilité du domaine, alors que celles du Clos de la Maréchale allaient demeurer sous la direction de Faiveley. Les vignes du Clos – le plus important monopole de la Côte d’Or, avec ses dix hectares – allaient revenir au domaine à partir de 2004. Le défi n’était pas mince, faisant passer la superficie totale des vignes d’un peu plus de quatre hectares à 14. Une nouvelle cuverie, l’embauche de plusieurs employés permanents ainsi qu’une révision de la commercialisation allaient s’en suivre. Si initialement certains se sont montrés sceptiques quant aux chances du domaine de relever ce défi, tous s’entendent aujourd’hui pour reconnaître l’indéniable réussite.
Non seulement, et ce dès le premier millésime, le domaine a réussi à en tirer un vin de très bon niveau, tous ces changements ont permis une améliorations des autres vins, grâce notamment à une main d’œuvre plus abondante rendant possible une meilleure tenue de toutes les vignes. Cette croissance de la production a également permis à une nouvelle clientèle de se familiariser avec les vins de ce domaine prestigieux, tout en offrant la possibilité à plusieurs restaurateurs d’en référencer sur leur carte.
Une des questions concernant la reprise du Clos de la Maréchale concernait son expression stylistique, à la fois dans la gamme du domaine et par rapport à ses comparses nuitons. Une des leçons des 25 dernières années qu’a retenues M. Mugnier est de résister à la tentation de vinifier différemment les crus et les millésimes – travailler le Bonnes-Mares en douceur ou les Amoureuses en densité, le 2003 en fraîcheur et le 2004 en intensité. Il allait donc l’appliquer au travail du Clos de la Maréchale. Il est important de préciser que le finage de Nuits se divise en trois sections : le côté Vosne (Chaignots, Cras) produisant des vins intensément parfumés et veloutés, le cœur du finage (Vaucrains, Pruliers, St-Georges, Forêts-St-Georges) faisant naître des crus virils, puissants et sauvages et le secteur de Prémeaux (Clos de l’Arlot, Clos de la Maréchale) dont les vins sont marqués par un retour vers la finesse tannique et l’élégance aromatique. Il y avait donc une adéquation certaine entre la signature de ce terroir et la réputation d’élégance des vins du domaine.
Quant à la tenue des vignes, M. Mugnier faisait un commentaire très intéressant. Il remarque que ses vignes, aujourd’hui âgées de 45 ans en moyenne, sont plus vigoureuses que lorsqu’elles avaient 30 ans. Cette vigueur supplémentaire est due à des sols plus vivants. Il faut cependant éviter de trop les travailler, les retourner et les labourer afin de permettre à la vie qui s’y installe d’instaurer son propre cycle. Bien terre-à-terre et refusant les étiquettes, il accepte la part de mystère de son travail sans s’en remettre à des explications cosmico-émotives. C’est simplement que bien des lois qui régissent le vin – de son élaboration à sa dégustation – nous sont encore inconnues.
Un sourire en coin, M. Mugnier nous disait que pour faire du bon vin, la souffrance de la vigne ne suffisait pas, le vigneron devait souffrir également! Par cette boutade, il faisait référence au travail constant et minutieux de la vigne, au laisser-faire angoissant à la cave, à cet équilibre à préserver dans les interventions, autant viticoles que vinicoles, et tout ça dans un domaine où plusieurs « lois » ne sont pas connues, où l’expérience et la sensibilité, l’humilité et le labeur doivent primer sur les certitudes et les recettes, les absolus et les modes.
Ces intéressants échanges ne se sont toutefois pas faits la gorge sèche, loin s’en faut :
Mugnier Clos de la Maréchale nuits-st-georges 1er cru 2004 : Nez de fruits sucrés, voire compotés, de tabac brun, d’iris, avec une fraîcheur végétale. La bouche est en demi-corps, avec une certaine douceur à l’attaque, affichant une élégance naturelle. La finale se montre un poil mince, fraîche, avec une trace verte. Une belle réussite dans le contexte du millésime et qui fait sincèrement plaisir à table. Très bien.
Mugnier Clos de la Maréchale nuits-st-georges 1er cru 2006 : Nez juvénile au fruit mûr, sur des notes de framboises sauvages, de cerises noires, dégageant une impression crémeuse. L’aération confère au nez une dimension supplémentaire sur un registre fumé, un rien sauvage. La bouche est ample, pleine, démontrant une belle richesse. Ce qui frappe ici, c’est la pureté du fruit et l’éclat de la matière. La finale est longue, sur des tanins costauds, avec une fraîcheur minérale bienvenue. Excellent.
Mugnier Clos de la Maréchale nuits-st-georges 1er cru 2005 : Je gardais le souvenir d’un vin cadenassé. S’il le fruit s’est montré légèrement renfrogné hier encore, la texture du vin était indéniablement plus accueillante. Le nez est de fruits noirs mûrs, d’encens, de prune, de cacao, avec des notes de fleurs mauves. La bouche est volumineuse, dense, mais conserve une belle pureté. La finale est longue, structurée, affichant un bel équilibre, et montrant une réelle densité. Cette épaisseur en finale impressionne, sans alourdir. Excellent.
Au final, trois vins avec des caractéristiques de base qui les rapprochent (franche acidité, maturité présente, finale structurée, composante florale et légèrement fumée), mais qui joue également la partition de leur millésime. Si le 2005 révèle d’impressionnantes qualités structurelles, l’aromatique du 2006 m’a impressionné. Qu’il sera intéressant de suivre ces vins – ainsi que les millésimes futurs – au cours des années à venir!
M. Mugnier a repris le domaine au milieu des années 80. Les vignes sur le finage de Chambolle étaient alors retombées sous la responsabilité du domaine, alors que celles du Clos de la Maréchale allaient demeurer sous la direction de Faiveley. Les vignes du Clos – le plus important monopole de la Côte d’Or, avec ses dix hectares – allaient revenir au domaine à partir de 2004. Le défi n’était pas mince, faisant passer la superficie totale des vignes d’un peu plus de quatre hectares à 14. Une nouvelle cuverie, l’embauche de plusieurs employés permanents ainsi qu’une révision de la commercialisation allaient s’en suivre. Si initialement certains se sont montrés sceptiques quant aux chances du domaine de relever ce défi, tous s’entendent aujourd’hui pour reconnaître l’indéniable réussite.
Non seulement, et ce dès le premier millésime, le domaine a réussi à en tirer un vin de très bon niveau, tous ces changements ont permis une améliorations des autres vins, grâce notamment à une main d’œuvre plus abondante rendant possible une meilleure tenue de toutes les vignes. Cette croissance de la production a également permis à une nouvelle clientèle de se familiariser avec les vins de ce domaine prestigieux, tout en offrant la possibilité à plusieurs restaurateurs d’en référencer sur leur carte.
Une des questions concernant la reprise du Clos de la Maréchale concernait son expression stylistique, à la fois dans la gamme du domaine et par rapport à ses comparses nuitons. Une des leçons des 25 dernières années qu’a retenues M. Mugnier est de résister à la tentation de vinifier différemment les crus et les millésimes – travailler le Bonnes-Mares en douceur ou les Amoureuses en densité, le 2003 en fraîcheur et le 2004 en intensité. Il allait donc l’appliquer au travail du Clos de la Maréchale. Il est important de préciser que le finage de Nuits se divise en trois sections : le côté Vosne (Chaignots, Cras) produisant des vins intensément parfumés et veloutés, le cœur du finage (Vaucrains, Pruliers, St-Georges, Forêts-St-Georges) faisant naître des crus virils, puissants et sauvages et le secteur de Prémeaux (Clos de l’Arlot, Clos de la Maréchale) dont les vins sont marqués par un retour vers la finesse tannique et l’élégance aromatique. Il y avait donc une adéquation certaine entre la signature de ce terroir et la réputation d’élégance des vins du domaine.
Quant à la tenue des vignes, M. Mugnier faisait un commentaire très intéressant. Il remarque que ses vignes, aujourd’hui âgées de 45 ans en moyenne, sont plus vigoureuses que lorsqu’elles avaient 30 ans. Cette vigueur supplémentaire est due à des sols plus vivants. Il faut cependant éviter de trop les travailler, les retourner et les labourer afin de permettre à la vie qui s’y installe d’instaurer son propre cycle. Bien terre-à-terre et refusant les étiquettes, il accepte la part de mystère de son travail sans s’en remettre à des explications cosmico-émotives. C’est simplement que bien des lois qui régissent le vin – de son élaboration à sa dégustation – nous sont encore inconnues.
Un sourire en coin, M. Mugnier nous disait que pour faire du bon vin, la souffrance de la vigne ne suffisait pas, le vigneron devait souffrir également! Par cette boutade, il faisait référence au travail constant et minutieux de la vigne, au laisser-faire angoissant à la cave, à cet équilibre à préserver dans les interventions, autant viticoles que vinicoles, et tout ça dans un domaine où plusieurs « lois » ne sont pas connues, où l’expérience et la sensibilité, l’humilité et le labeur doivent primer sur les certitudes et les recettes, les absolus et les modes.
Ces intéressants échanges ne se sont toutefois pas faits la gorge sèche, loin s’en faut :
Mugnier Clos de la Maréchale nuits-st-georges 1er cru 2004 : Nez de fruits sucrés, voire compotés, de tabac brun, d’iris, avec une fraîcheur végétale. La bouche est en demi-corps, avec une certaine douceur à l’attaque, affichant une élégance naturelle. La finale se montre un poil mince, fraîche, avec une trace verte. Une belle réussite dans le contexte du millésime et qui fait sincèrement plaisir à table. Très bien.
Mugnier Clos de la Maréchale nuits-st-georges 1er cru 2006 : Nez juvénile au fruit mûr, sur des notes de framboises sauvages, de cerises noires, dégageant une impression crémeuse. L’aération confère au nez une dimension supplémentaire sur un registre fumé, un rien sauvage. La bouche est ample, pleine, démontrant une belle richesse. Ce qui frappe ici, c’est la pureté du fruit et l’éclat de la matière. La finale est longue, sur des tanins costauds, avec une fraîcheur minérale bienvenue. Excellent.
Mugnier Clos de la Maréchale nuits-st-georges 1er cru 2005 : Je gardais le souvenir d’un vin cadenassé. S’il le fruit s’est montré légèrement renfrogné hier encore, la texture du vin était indéniablement plus accueillante. Le nez est de fruits noirs mûrs, d’encens, de prune, de cacao, avec des notes de fleurs mauves. La bouche est volumineuse, dense, mais conserve une belle pureté. La finale est longue, structurée, affichant un bel équilibre, et montrant une réelle densité. Cette épaisseur en finale impressionne, sans alourdir. Excellent.
Au final, trois vins avec des caractéristiques de base qui les rapprochent (franche acidité, maturité présente, finale structurée, composante florale et légèrement fumée), mais qui joue également la partition de leur millésime. Si le 2005 révèle d’impressionnantes qualités structurelles, l’aromatique du 2006 m’a impressionné. Qu’il sera intéressant de suivre ces vins – ainsi que les millésimes futurs – au cours des années à venir!
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"Mes goûts sont simples, je me contente aisément de ce qu'il y a de meilleur" - Winston Churchill

Vincent Messier-Lemoyne- Messages: 2282
Date d'inscription: 12/05/2009
Age: 27
Localisation: Montréal
Re: Frédéric Mugnier à Montréal
Merci Kazou et Vince pour vos CR. C'est un peu comme y avoir été. 
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WineBoy
La dégustation à l'aveugle est une grande leçon d'humilité.

Michel Therrien- Messages: 3115
Date d'inscription: 01/06/2009
Age: 48
Localisation: Joliette
Re: Frédéric Mugnier à Montréal
M. Mugnier au chai et à la cuverie (nouvelle). Les photos ont été prises par Pierre Séguin.




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Vincent Messier-Lemoyne- Messages: 2282
Date d'inscription: 12/05/2009
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Localisation: Montréal
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