Scandale..
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Re: Scandale..
Patrick Désy a écrit:
En effet, jamais évident (ou impossible?) de faire indépendance complète. Très peu y arrivent. Et de ceux qui y parviennent, on en connaît pratiquement aucun. Ce sont souvent des passionnés, par ex. Mike Therrien et plusieurs intervenants de ce forum ou d'autres ailleurs, qui n'ont pas comme objectif d'être lu.
Patrick, je ne suis pas sûr de bien comprendre ce qu'être lu par peu ou de nombreux lecteurs a à voir ici. Quelqu'un comme Patrick Essa est une plume du vin très lue (à la fois de façon assidue, pesant chaque mot, et par un assez vaste public si l'on se fie à son transit Internet), ou encore Marc-André Gagnon de Vin Québec pour prendre un exemple de journaliste vin bien de chez nous qui a une colonne vertébrale (au sens figuré) bien droite.
Que veux-tu dire, donc?

Olivier Collin- Messages: 690
Date d'inscription: 03/06/2009
Re: Scandale..
Sans vouloir répondre pour Patrick, je suppose que la distinction réside plutôt entre ceux qui écrivent uniquement par passion et ceux qui gagnent leur vie avec leurs critiques.
Alexandre Trudel- Messages: 229
Date d'inscription: 26/08/2009
Age: 32
Localisation: Montréal
Re: Scandale..
Veux-tu dire que ce n'est pas tant le fait d'être lu ou pas, mais le fait d'avoir une pression à produire des articles lus par plusieurs?
Si on gagne sa vie avec des critiques, il m'apparaît encore plus important de ne pas se placer en situations délicates... non?

Olivier Collin- Messages: 690
Date d'inscription: 03/06/2009
Re: Scandale..
Il y a aussi un problème fondamental dans la critique du vin, c'est que le critique peut ainsi parfois accéder à de précieux nectars qu'il n'aurait autrement aucune chance de déguster faute de moyen. Si on prend pour acquis qu'il est passionné et qu'il en retire un plaisir, cela peut parfois poser problème
Le critique d'art peut toujours se payer l'exposition de ses poches ou se déplacer lui-même dans la galerie. Le critique cinéma peut apprécier une œuvre dans son salon avec un simple DVD. Le critique de musique fera de même, tout comme le critique littéraire. Ils peuvent tous avoir accès à ce qui se fait de plus grand dans leur domaine respectif de façon très aisée, comme l'amateur d'ailleurs.
Mais lorsque je vois les soupers bien arrosés de grands vins mythiques de Parker, Suckling et autres MW anglais à l'autre bout du monde, souvent à l'initiative de producteurs, ont franchit un pas beaucoup plus grand. Ces critiques n'auraient probablement jamais accès à ces vins de par leur prix et leur rareté, et ils en retirent certainement parfois un plaisir qui dépasse leur fonction de critique. Comment après rester totalement objectif quand le milieu qu'on est sensé juger nous entretient ainsi?
Le critique d'art peut toujours se payer l'exposition de ses poches ou se déplacer lui-même dans la galerie. Le critique cinéma peut apprécier une œuvre dans son salon avec un simple DVD. Le critique de musique fera de même, tout comme le critique littéraire. Ils peuvent tous avoir accès à ce qui se fait de plus grand dans leur domaine respectif de façon très aisée, comme l'amateur d'ailleurs.
Mais lorsque je vois les soupers bien arrosés de grands vins mythiques de Parker, Suckling et autres MW anglais à l'autre bout du monde, souvent à l'initiative de producteurs, ont franchit un pas beaucoup plus grand. Ces critiques n'auraient probablement jamais accès à ces vins de par leur prix et leur rareté, et ils en retirent certainement parfois un plaisir qui dépasse leur fonction de critique. Comment après rester totalement objectif quand le milieu qu'on est sensé juger nous entretient ainsi?

Ludwig Desjardins- Messages: 1246
Date d'inscription: 05/06/2009
Localisation: Montréal
Re: Scandale..
Des remarques d'une grande justesse Ludwig.
Le fait d'aimer un vin ne doit pas conduire cependant à négliger la relation avec son concepteur. Caillebotte fut un grand peintre et également un mécène influent. Sans lui de nombreuses toiles n'auraient pas vu le jour. Un mal? Assurément non!
Le vigneron a besoin de faire vivre sa marque en se médiatisant car il est indubitable qu'aujourd'hui le seul nom d'un cru ne suffit pas. Le danger est de voir se monter de toute pièce des réputations qui ne se fondent que sur de bonnes vibrations chez un critique mais il est bien plus grave de sanctifier tout ce qui a été un jour "au sommet" sans rien remettre en cause. Une sorte d'habitude luxueuse qui sanctifie des mythes. Pas plus de la moitié d'entre eux ne mérite sans doute un titre acquis il y a plus de trente ans dans l'imaginaire des gens. Combien de Grillet pas bon avons nous bu en faisant la gueule et en nous demandant pourquoi!?
Quel critique a récemment investigué sur les classements, champenois, bordelais ou Bourguignons? Qui sait avec précision ce que chaque région produit et ce qu'il y a dans chaque cave? Le véritable problème est simple...personne! Donc un avis n'est jamais exhaustif et omniscient, il faut toujours le lire à l'aune de sa propre culture.
J'écrits des articles en tant que producteur sur des vins qui ne sont pas les miens. Cet éclairage que j'envisage pour la "majorité" me vaut je vous l'assure beaucoup plus de critiques acerbes que de louanges senties car la France n'aime pas les loups dans la bergerie et le délit d'initié même "gratis" y est perçu comme une forme évidente de délation, quand ce n'est pas de prétention: "mais qui est-il cet Essa pour nous "la" raconter alors même qu'il n'est pas journaliste?!" " de quel droit et avec quelle légitimité!?". C'est ainsi, le gars qui tient le stylo dans un organe établi a plus de poids que celui qui "vit" les choses au quotidien en ayant "les mains dedans". Mieux vaut le savoir avant de - quand même- passer son temps à rédiger des comptes rendus demandant des heures de travail de dégustations, de prises de notes, de recherche et d'écriture. Les primeurs de Gevrey 2010 par exemple ont dû me coûter 60 heures de boulot au bas mot. Et il me faudrait dix fois plus de temps pour y inclure tout ce que j'ai à "dire". Et tout cela pour quoi? Mais juste pour l'offrir comme une sorte de témoignage à ceux qui veulent bien croire qu'il existe encore des fous qui ne pensent pas à être rentables. L'esprit du web des débuts était celui du partage, je ne l'ai pas oublié.
Nul n'est prohète en son pays et sans doute nul ne l'est avec évidence au cours de "son" temps sauf a être l'instrument qui permet de faire vendre. Clairement pour les producteurs l'importance du critique se situe là et uniquement là. Ce qu'il y a de rageant c'est que ceux qui dégustent vraiment avec acuité, n'écrivent quasiment pas, hélas. Heureusement de belles exceptions subsistent mais tout le monde sait bien par exemple qu'il y a un gars qui écrit en anglais sur la Bourgogne dix fois mieux que les autres...
Le fait d'aimer un vin ne doit pas conduire cependant à négliger la relation avec son concepteur. Caillebotte fut un grand peintre et également un mécène influent. Sans lui de nombreuses toiles n'auraient pas vu le jour. Un mal? Assurément non!
Le vigneron a besoin de faire vivre sa marque en se médiatisant car il est indubitable qu'aujourd'hui le seul nom d'un cru ne suffit pas. Le danger est de voir se monter de toute pièce des réputations qui ne se fondent que sur de bonnes vibrations chez un critique mais il est bien plus grave de sanctifier tout ce qui a été un jour "au sommet" sans rien remettre en cause. Une sorte d'habitude luxueuse qui sanctifie des mythes. Pas plus de la moitié d'entre eux ne mérite sans doute un titre acquis il y a plus de trente ans dans l'imaginaire des gens. Combien de Grillet pas bon avons nous bu en faisant la gueule et en nous demandant pourquoi!?
Quel critique a récemment investigué sur les classements, champenois, bordelais ou Bourguignons? Qui sait avec précision ce que chaque région produit et ce qu'il y a dans chaque cave? Le véritable problème est simple...personne! Donc un avis n'est jamais exhaustif et omniscient, il faut toujours le lire à l'aune de sa propre culture.
J'écrits des articles en tant que producteur sur des vins qui ne sont pas les miens. Cet éclairage que j'envisage pour la "majorité" me vaut je vous l'assure beaucoup plus de critiques acerbes que de louanges senties car la France n'aime pas les loups dans la bergerie et le délit d'initié même "gratis" y est perçu comme une forme évidente de délation, quand ce n'est pas de prétention: "mais qui est-il cet Essa pour nous "la" raconter alors même qu'il n'est pas journaliste?!" " de quel droit et avec quelle légitimité!?". C'est ainsi, le gars qui tient le stylo dans un organe établi a plus de poids que celui qui "vit" les choses au quotidien en ayant "les mains dedans". Mieux vaut le savoir avant de - quand même- passer son temps à rédiger des comptes rendus demandant des heures de travail de dégustations, de prises de notes, de recherche et d'écriture. Les primeurs de Gevrey 2010 par exemple ont dû me coûter 60 heures de boulot au bas mot. Et il me faudrait dix fois plus de temps pour y inclure tout ce que j'ai à "dire". Et tout cela pour quoi? Mais juste pour l'offrir comme une sorte de témoignage à ceux qui veulent bien croire qu'il existe encore des fous qui ne pensent pas à être rentables. L'esprit du web des débuts était celui du partage, je ne l'ai pas oublié.
Nul n'est prohète en son pays et sans doute nul ne l'est avec évidence au cours de "son" temps sauf a être l'instrument qui permet de faire vendre. Clairement pour les producteurs l'importance du critique se situe là et uniquement là. Ce qu'il y a de rageant c'est que ceux qui dégustent vraiment avec acuité, n'écrivent quasiment pas, hélas. Heureusement de belles exceptions subsistent mais tout le monde sait bien par exemple qu'il y a un gars qui écrit en anglais sur la Bourgogne dix fois mieux que les autres...

Patrick Essa- Messages: 302
Date d'inscription: 03/06/2009
Age: 50

Re: Scandale..
Ludwig Desjardins a écrit:Il y a aussi un problème fondamental dans la critique du vin, c'est que le critique peut ainsi parfois accéder à de précieux nectars qu'il n'aurait autrement aucune chance de déguster faute de moyen. Si on prend pour acquis qu'il est passionné et qu'il en retire un plaisir, cela peut parfois poser problème
Le critique d'art peut toujours se payer l'exposition de ses poches ou se déplacer lui-même dans la galerie. Le critique cinéma peut apprécier une œuvre dans son salon avec un simple DVD. Le critique de musique fera de même, tout comme le critique littéraire. Ils peuvent tous avoir accès à ce qui se fait de plus grand dans leur domaine respectif de façon très aisée, comme l'amateur d'ailleurs.
Mais lorsque je vois les soupers bien arrosés de grands vins mythiques de Parker, Suckling et autres MW anglais à l'autre bout du monde, souvent à l'initiative de producteurs, ont franchit un pas beaucoup plus grand. Ces critiques n'auraient probablement jamais accès à ces vins de par leur prix et leur rareté, et ils en retirent certainement parfois un plaisir qui dépasse leur fonction de critique. Comment après rester totalement objectif quand le milieu qu'on est sensé juger nous entretient ainsi?
Ludwig répond en partie à l'interrogation Olivier.
C'est tout simplement que d'écrire sur le vin par simple plaisir et sans véritable but d'être largement distribué ne permet pas généralement l'accès à des évènements ou des bouteilles d'exception. Ce midi, par exemple, je prenais part à un lunch à l'initiative de la maison champenoise Ruinart, au restaurant La Chronique. Il va sans dire que mon invitation repose sur le fait que je risque d'en parler dans une ou l'autre de mes chroniques. Il n'y jamais d'obligation, bien sûr. Mais en même temps, les organisateurs, en invitant un maximum de chroniqueurs, s'assurent d'une certaine visibilité. Il y a ici un jeu commercial indéniable auquel le critique peut difficilement se soustraire. On y parvient un tant soit peu à coup de transparence (ce qui semble faire défaut dans l'histoire de Miller).
Mais ultimement, et je retourne à Max Weber, on ne pourra jamais éliminer complètement le politique du savant.

Patrick Désy- Messages: 1373
Date d'inscription: 02/06/2009
Age: 98
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